20 mars 2010

Comment me rendre fou en trois étapes un soir d'élections ?

Interlude préfaçique

Pour la première fois sur Politique Nouvelle, ce billet est disponible à la fois en version texte (ci-dessous) et en version Podcast (en fin de billet, en annexe).

Billet

Formidable, me disais-je dimanche dernier, m'installant confortablement devant ma télévision pour profiter d'une soirée électorale bien méritée. J'espérais assister à un triomphe de la gauche, parsemé d'une bonne dose d'écologie, et de bons petits débats autour des enjeux régionaux.

Une fois de plus, la télévision française ne m'a pas déçue en allant jusqu'au bout de son journalisme de pacotille et de sa connivence politique ulcérante. Comment me rendre fou en trois étapes un soir d'élections ?

  1. Inviter des politiciens nationaux pour parler d'élections régionales
  2. Poser des questions niaises et sans aucun intérêt
  3. Ne jamais interrompre les invités, même quand ils racontent d'énormes conneries ou parlent tous en même temps.

Si l'on en croit le contenu de ces émissions, nous apprenons plusieurs informations passionnantes :

  • C'est une élection à deux tours, tout va bien pour la droite
  • Les français se sont abstenus parce que les présidents de région sont des mauvais
  • Les français se sont abstenus parce que la politique sarkoziste est minable
  • Faire des alliances au 2ème tour, c'est pas du juste

Au sortir de cette soirée, dans laquelle la profondeur d'analyse a à peu près égalé celle d'une flaque d'eau sur un trottoir embitumé un soir d'été, j'avais compris pour quoi les français était dégoûtés de la politique. Par contre, la politique n'avait toujours pas compris qu'elle dégoûtait les français.

Bref : c'est pas gagné.

Par Guillaume

5 décembre 2009

L'abrutissement du citoyen, ou comment donner les pleins pouvoirs à l'État

Bien que n'ayant pas écrit depuis un bout de temps sur ce blog, par manque de temps, je ne puis que reprendre mon clavier à deux mains face à cette stupéfiante nouvelle : Luc Châtel souhaite rendre optionnelle l'étude de l'histoire-géographie en terminale S...

L'histoire-géo, optionnelle pour de jeunes garçons et jeunes filles, sous seul prétexte qu'ils se destinent à une carrière scientifique. Je suis absolument révolté par cette idée, et ce à plusieurs titres. Cette réforme me semble absolument gravissime, et je pèse malheureusement mes mots.

En premier lieu, j'ai moi-même fait une école d'ingénieur, et j'ai pu mesurer le grand mépris que pouvait avoir une partie des étudiants pour ce qu'on appelle les sciences molles : langues vivantes, sociologie, histoire, culture générale... dans une société de spécialistes, ils semblent qu'on apprennent aux jeunes à considérer qu'il ne suffit de briller que dans un seul domaine, d'exceller dans un champs particulier pour pouvoir accomplir le travail à laquelle la société nous destine.

Déjà, aujourd'hui, nous pouvons constater un grand appauvrissement de la culture "non-scientifique" des étudiants dans les domaines scientifiques. Hier, on ne concevait pas un ingénieur ou un chercheur qui n'ait pas étudié de langue morte, qui n'ai pas une connaissance approfondi de son histoire, et une maîtrise parfaite de sa propre langue.

C'était hier... depuis, par je ne sais quel mécanisme insidieux que je serais bien en peine d'analyser, cette culture du scientifique "complet" a disparu. Cette situation, que je juge grave, devrait être une problématique de l'Éducation nationale... qui juge au contraire, via son ministre, qu'il faut aller plus loin dans l'abrutissement des scientifiques.

Si cette politique me révolte, c'est pour deux raisons essentielles :

  • Un scientifique sans culture représente potentiellement un grave danger
  • Un scientifique sans culture est manipulable

Je me permets de citer Rabelais, qui s'était fendue d'une phrase pleine de bon sens : "Sciences sans conscience n'est que ruine de l'âme".

Comment un scientifique peut-il être doté d'une morale, d'une éthique, d'un recul sur son histoire et le contexte social dans lequel il évolue si on fait de lui un spécialiste aveugle ? Priver le scientifique d'une éducation complète, priver le scientifique d'une ouverture sur les sciences molles, c'est lui mettre des oeillères.

Dans ces conditions, comment pourra-t'il dire non ? Comment pourra-t'il juger qu'il va trop loin ? Comment pourra-t'il juger qu'on lui demande de cautionner la haine, l'horreur ou je ne sais quel noir dessein ?

Il ne le pourra pas.

Non seulement le scientifique sera devenu un spécialiste soumis, mais pire encore : il sera devenu un citoyen endormi. Il sera incapable d'interpréter son environnement de recherche, son environnement social, son environnement politique parce qu'on l'aura privé de l'éducation qui l'aurait permis.

Je fais un constat : notre société, encouragée par ses politiques, tend de plus en plus à spécialiser ses jeunes. C'est dangereux. Cette mesure n'est qu'une petite brique de plus pour former un mur entre les citoyens et leur pouvoir de rébellion : une population qui n'est pas éduquée est une population soumise. Jusqu'ici, nous fermions les yeux lorsque cela concernait nos ouvriers, jugeant sans doute cela "normal".

Aujourd'hui, ce mal a progressé, et atteint maintenant les classes sociales supérieures : il est plus que temps de s'inquiéter pour notre démocratie.

Par Guillaume

6 juin 2009

Europe Ecologie, la seule réponse moderne à une société sinistrée ?

Je me suis rendu mercredi dernier au meeting de Europe Ecologie au zénith de Paris. C'est en effet la seule formation, avec le MoDem, qui semblait avoir un programme parlant véritablement de l'Europe. Mais le MoDem devenant ce qu'il devient, Bayrou délirant de plus en plus et ayant même hier franchi le Rubicon, il devient urgent de trouver une alternative de qualité.

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Je suis arrivé sceptique, avec des a priori.

Les verts ont souvent l'image d'un parti qui n'est concerné que par l'écologie, incapable de se saisir de tout autre problème de société. Et pourtant... pourtant, il semble que cet époque soit révolue. D'abord, parce que plusieurs formations ont enfin réussi à s'entendre et à s'allier pour mener un combat commun. Tout au long du meeting, les intervenants ont d'ailleurs beaucoup insisté sur leur volonté de faire vivre ce rassemblement au delà des élections européennes, pour s'emparer des questions nationales. Bluff ? Jolie pensée qui ne se concrétisera pas ? Ou future réalité ?

Je me suis laissé convaincre peu à peu durant cette soirée.

Pour commencer, les orateurs ont à peine évoqué l'écologie. Ils ont plutôt abordé des problèmes concrets, en proposant chaque fois des solutions intéressantes, toujours teintées de pensée écologique. C'est à ça que j'ai découvert la nouvelle maturité de ce futur parti rassembleur : l'écologie n'est plus une thématique centrale, mais bien un sujet transversal à tous les autres. L'écologie, qui était une réponse floue à un problème flou, est devenu une source d'innovation dans les solutions aux difficultés de notre civilisation moderne.

Ensuite, c'est la seule grande formation politique qui propose des candidats qui ne sont pas des politiciens de formation ou de carrière. Mieux : ses candidats sont tous issus de la société civile. Membres ou anciens membres d'ONG et d'associations, ils se sont battus pour défendre leurs convictions dans des secteurs complémentaires. Encore mieux : ils sont tous des experts d'un domaine, savent exactement où ils veulent en venir et les actions qu'ils veulent mener. Après réflexion, c'est d'ailleurs ce qui m'a le plus marqué ce soir là : tous les intervenants dégageaient, transpiraient même une volonté puissante d'action. Passionnés, engagés, ce sont des personnes qui veulent se battre pour leurs convictions, contrairement à des meetings classiques où l'on entend des discours très théoriques, consensuels, et trop éloignés d'une réalité pratique.

Je suis reparti convaincu.

Des têtes de liste expérimentées grâce à leur action dans la société civile. Des êtres humains passionnés. Une formation réaliste, la seule qui accepte de regarder en face les très graves problèmes que nous allons devoir affronter durant les années qui viennent, et qui propose des solutions pragmatiques, réalisables, et censément efficaces.

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Bien évidemment, tout n'est pas parfait. C'est une formation qui souffre d'un certain idéalisme, peut être même de romantisme. Mais n'est-ce pas humain ? N'est-il pas temps de réintroduire l'humanité en politique ? De la faire palpiter de nouveau, pour innover et agir dans une terrible période de crise ?

J'espère profondément que Europe Ecologie fera au moins le troisième meilleur score aux élections européennes. Mais surtout, j'attends avec impatience de constater si l'unité affichée pour la campagne électorale survivra au weekend des élections. Si elle survit, alors nous assisterons sans doute à un grand tournant de la politique française.

Par Guillaume

25 mai 2009

À lire !

Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage.

Je vous invite à lire la passionnante interview de Julien Coupat, que vous trouverez ici.

Bien qu'une partie de son discours soit discutable, il a le mérite de pointer du doigt les paradoxes et la tension qui règne au sein de la société française.

Par Guillaume

24 mai 2009

MoDem, Centre : quel avenir en France ?

À l'approche des élections européennes et face à un Bayrou plus actif que jamais, nous sommes en droit de nous poser cette question. Essayons ensemble d'y répondre, en commençant par remonter dans le temps.

Printemps 2007. Avec 18,6 % des voix, François Bayrou fait une percée décisive en politique, et s'impose comme un homme avec lequel il faudra dorénavant compter. Derrière lui, son parti, l'UDF. En soutien, une grande majorité de déçus de la classe moyenne, qui ont perdu tout espoir en le PS ou souhaitent s'opposer à la droite sarkozyste. Devant lui, un avenir qui lui semble radieux.

Porté par la ferveur de ses partisans, Bayrou prend la décision de fonder un nouveau parti, le fameux Mouvement Démocrate. Ce mouvement s'annonce résolument humaniste, et promeut un projet de société simple et attrayant, en s'éloignant des clivages politiques : c'est un immense succès, les cotisations affluent... tandis que les fidèles en politiques refluent. C'est là le premier paradoxe bayrouiste : alors qu'il réussit à convaincre les masses électorales, à embarquer des dizaines de milliers de personnes dans son projet de Mouvement Démocrate, il perd ses amis fidèles, qui refusent de s'associer à cette rupture avec le traditionnel centre droit. C'est la scission, le schisme, la trahison diront certains.

L'UDF accouche alors dans la douleur de deux enfants terribles : d'un côté le MoDem, mouvement populaire, de l'autre le Nouveau Centre, parti d'une élite politicienne sans base véritable électorale, favorisé par ses alliances avec l'UMP.

Des deux côtés, ce sera une déception. Certes, personne n'attendait grand chose du Nouveau Centre, mais son attitude vassale face à l'UMP n'en a fait qu'un parti godillot sans aucun avenir politique. De son côté, le MoDem use ses forces vives lors des élections législatives et cantonnales. Les masses d'adhérents motivés, qui pensaient faire partie d'un mouvement neuf, se heurtent en effet très vite aux lourdeurs d'une UDF qui n'aura fait que donner un coup de lustre et changer de nom. Les instances départementales, régionales, sont encore pleines de petites gens assoiffées de pouvoir, et qui ne lâcheraient pour rien au monde leur minuscule royaume. MoDem contre UDF, la bataille est perdue d'avance : d'un côté, de jeunes adhérents passionnés et motivés, de l'autre de vieux renards fourbes et rusés. Les premiers se fatiguent vite, s'usent, et perdent l'espoir qu'ils avaient mis dans l'obsolète nouveau mouvement.

Peu de temps après, Bayrou député se présente dans la course pour la mairie de Pau. Le chantre du non cumul des mandats qui se veut cumulard, ça fleure bon l'opportunisme, le mensonge, la manipulation... Bayrou est il l'icône d'un mouvement, d'une volonté de changement et de renouvellement ? Ou Bayrou n'est-il finalement qu'un égo, un réservoir vide d'une soif présidentielle insatiable ? C'est en tout cas pour la plupart la goutte de trop, et peu à peu la ferveur enthousiaste de beaucoup se réduit la conviction profonde de quelques uns.

Printemps 2009. Le MoDem des débuts a fait long feu, pour ne redevenir qu'une UDF certes rajeunie, certes plus désirable, mais qu'une UDF. François Bayrou s'est fourvoyé : l'enthousiasme des débuts, il l'a compris comme un assentiment, une validation. Ce qu'il aurait dû y voir, c'était un encouragement, un désir de beaucoup pour qu'il aille plus loin et porte un espoir. La masse du MoDem, ce ne sont pas des centristes. Ce sont des personnes, issues de la classe moyenne, qui ne croient plus en des partis tels que le PS et l'UMP parce qu'ils sont statiques, dépassés, anachroniques. Ce sont des personnes qui ne sont pas extrémistes. Ce sont des personnes qui voulaient croire à une certaine transversalité des idées, et dépasser les clivages droite-gauche pour aller vers un nouveau modèle de société, en phase avec les bouleversements technologiques et sociaux que nous avons vécus durant les dix dernières années. Ce sont des personnes qui veulent d'une société qui ne mettrait plus l'argent, les flux monétaires au coeur de tout, mais bien l'Homme. Ce sont des personnes déçues, conscientes que nous ne pouvons plus espérer continuer à vivre dans le monde actuel sans rien en changer.

Alors, le Centre a t'il un avenir en France ? Certainement pas sous la forme d'un parti tel que le Nouveau Centre. Sans doute sous la forme du MoDem actuel. Ce parti propose actuellement un programme qui a du sens, et sait profiter de son statut d'opposant politique majeur pour engranger des votes. Mais ce n'est pas assez ! Si jamais le Centre a un véritable avenir en France, c'est en dépassant la logique de parti, et en osant prendre le risque de proposer une véritable alternative. Si jamais le Centre a un avenir en France, ça serait sans doute en s'éloignant de ce qu'il a toujours été.

François Bayrou, malgré tous ses défauts, malgré sa profonde soif de présidence, malgré son égo, est sans doute aujourd'hui la seule figure politique en France a avoir en mains les cartes qui permettraient de partir sur la bonne piste. Mais le fera-t'il ? Prendra t'il le risque de sortir des sentiers battus ? Prendrons-nous le risque d'attendre qu'il le fasse hypothétiquement ?

Peut-être est-ce plutôt aujourd'hui au peuple français de dessiner les contours d'une nouvelle voie, et de commencer à l'emprunter.

Par Guillaume

17 mai 2009

La mort de la démocratie française


La mise à l'épreuve

Les faits : un cadre de chez TF1 est viré. Pourquoi ? Il a envoyé un mail à sa député pour lui faire part de ses doutes envers la loi Hadopi. L'assistante parlementaire de Mme de Panafieu trouve le message intéressant et argumenté, et décide donc de le faire suivre au ministère pour que celui-ci l'aide à concevoir une réponse de qualité. Jusque là, nous sommes dans un sain processus démocratique, la France va bien.

Le ministère, en recevant cette lettre, fait une énorme bourde et se trompe d'époque : se croyant en plein dans la période de l'occupation, il fait suivre la lettre à TF1 ! Après tout, on ne peut pas leur en vouloir : répondre de manière claire, cohérente et pertinente à une charge argumentée contre Hadopi est tout simplement impossible. Ils ont donc trouvé une excellente solution alternative, punir la personne qui a osé être plus maline qu'eux !

Formidable, on se croirait dans une cour d'école : t'es malin, t'as de la répartie, BAM ! Je te casse la figure. Nous vivons donc dans un pays au gouvernement assimilable à une brute de cour de récréation, c'est extrêmement rassurant, merci Albanel et consorts.

Fin de la période d'essai

Heureusement, la victime de cette affaire ne se laisse pas faire, contacte les médias et fait éclater cette histoire au grand jour : "Ouf !" me disais-je alors, les citoyens peuvent encore faire valoir leur droits en France, les Médias font encore leur travail, Albanel va être obligée de présenter ses excuses et de démissionner, ou du moins la personne responsable de l'envoi à TF1.

A partir de ce moment, j'attends. J'attends. A vrai dire j'attends encore ! Tout simplement parce que je dois être trop stupide, je méconnais complètement les rouages de notre beau pays : ce qui s'est passé est absolument normal !

Une correspondance privée a été révélée au grand jour par l'état français à une compagnie privée pour qu'elle puisse faire renvoyer un citoyen qui avait exprimé son opinion.

Nous serions outrés de lire un tel fait, provenant de n'importe où dans le monde. Mais chez nous, ça passe. Alors que nos ancêtres ont baigné dans le sang pour que nous puissions vivre dans une république démocratique, allons nous encore cracher longtemps sur leurs cadavres ?

N'épargnons pas TF1

N'oublions pas de tacler TF1 au passage, entreprises aux méthodes plus que douteuses qui renvoient des employés pour avoir l'outrecuidance d'avoir des opinions. Chez TF1, l'entreprise du "temps de cerveau disponible", il n'est pas permis d'avoir des opinions. Sauf, bien entendu, si elles sont correctement formatées.

Arrêtons d'espérer

La France vit une époque effrayante. Petit à petit, nous retournons vers le plus sombre des obscurantismes, tandis que chacun se cache les yeux comme il peut. Nous en sommes, je crois, à peu près tous conscients, mais nous refusons de le voir et de l'admettre. Nous aspirons à avoir une vie tranquille, une vie comme on nous l'a promis, dans laquelle nous pourrions accéder à la propriété, consommer, accéder à la technologie... cette espèce de rêve, que l'on nous vend au quotidien, nous anesthésie. Il nous anesthésie parce qu'il entretient en nous un faible espoir d'accéder à une vie de carte postale, qui n'est en réalité réservée qu'à quelques décideurs et privilégiés.

Combien de temps espérerons-nous encore ?

Par Guillaume

5 mai 2009

Portail d'information sur Hadopi

Hadopithèque

Démarche

Alors que la contestation enfle en défaveur du projet de loi Hadopi, l'association Projet Magellan a pris l'initiative de profiter de son expertise du web pour proposer à ses concitoyens une véritable bibliothèque numérique autour de la polémique. Afin que les internautes puissent bénéficier d'une information riche et ciblée, un portail a été mis à leur disposition sur http://hadopi.magellan-project.com.

Territoire Numérique

Le web est un territoire, qu'il est difficile d'appréhender. Pour faciliter l'approche de l'internaute, le Projet Magellan a sélectionné un sous-espace du web correspondant aux sites parlant de la loi HADOPI, et les a indexés pour proposer au grand public un moteur de recherche thématisé. Les recherches effectuées le sont donc dans un contexte précis, augmentant considérablement la pertinence des résultats. La dynamicité de l'information est également prise en compte à travers l'aggrégation des flux d'informations des sites majeurs du domaine, permettant des recherches à la fois sur du fond et sur l'actualité.

Dimension collaborative

Partage

Le portail Hadopithèque met également l'accent sur la dimension collaborative, permettant aux internautes de partager leurs découvertes et leurs créations pour mieux appréhender le débat. Ils ont ainsi la possibilité de mettre en ligne des liens vers des articles dignes d'intérêt, des documents de tous types, et peuvent ajouter des fiches au sujet des personnalités gravitant autour de la polémique.

Responsabilité

Nous avons fait le choix d'offrir aux internautes un système totalement ouvert et auto-organisé, en tablant sur leur responsabilité et le respect qu'ils auront pour le portail mis à leur disposition. Tout visiteur est donc en capacité non seulement de s'informer, mais aussi de partager des bribes de savoir avec le reste de la communauté.

Un outil complet

En prenant en compte toutes les dimensions de l'information du web, que ce soit les articles de fonds, les pages d'actualités, ou les contributions des citoyens, le portail HADOPI de l'association Projet Magellan met à disposition du grand public un portail documentaire novateur et d'une pertinence inégalée.

Par Guillaume

26 avril 2009

Un noyau résistant

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Voilà, la manifestation de samedi a eu lieu. L'heure est aux premiers constats, avant que le mouvement ne prenne de l'ampleur.

Tout d'abord, la première constatation, c'est que le mouvement n'a pour le moment pris que dans une petite strate de notre société, celle des personnes passionnées d'informatique... Aussi incroyable que cela puisse paraître, la campagne de désinformation du gouvernement a porté ses fruits, et la plupart des personnes pensent que cette loi n'est qu'une loi anti-pirates et anti-geeks-adolescents-boutonneux-qui-l'ont-bien-mérité.

Un énorme travail d'information doit donc être mis en place pour mettre à la portée du grand public les dangers de ce texte. Fort de ce constat, je me permets de citer un extrait du site fédérateur de ce combat :

Une loi liberticide

La loi HADOPI nécessite de filtrer l'accès à Internet. C'est l'équivalent d'une écoute téléphonique permanente, mais via Internet. Sur chaque ordinateur sera installé un mouchard, qui communiquera avec un ordinateur central pour lister les sites Internet et les IP visités.

Le risque, à terme, c'est que la loi HADOPI serve de prétexte à couper l'Internet aux opposants politiques ou aux responsables associatifs.

Ce dispositif doit être compris comme un outil dans un arsenal répressif qui va aller grandissant.

La charge de la preuve

En cas de problème, il revient à l'internaute de faire la preuve de son innoncence.

Faire la preuve de son innocence... quand on sait avec facilité on peut craquer un réseau wifi, quand on sait que sous une même connexion Internet peuvent se trouver plusieurs utilisateurs... Car oui, loin de toute considération de la réalité technique, HADOPI considère que n'importe qui est identifiable via son adresse IP. Or, et en tant qu'ingénieur en informatique je pense pouvoir me permettre de le signaler, il n'y a rien de plus faux.

Des exemples extrêmement simples : plusieurs collocataires, utilisant la même connexion, ont la même adresse IP. Tous les membres d'une famille, sous la même connexion, ont une adresse IP. Votre voisin, qui squatte votre connexion, aura la même adresse IP que vous.

Un exemple plus fourbe : une personne ayant des connaissances techniques falsifie son adresse IP, se faisant alors passer pour un autre utilisateur.

Non seulement cette loi nous embarque illico dans l'univers de George Orwell, mais elle se base en plus sur des arguments techniques absolument irrecevables.

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Quoiqu'il en soit, le mouvement s'organise. Nous n'étions que 700 samedi, mais ce n'était qu'un galop d'essai. Tout se met en place pour que graduellement, la riposte au gouvernement se concrétise. Il est inconcevable de laisser passer une loi de plus qui ne serait qu'un cadeau gouvernemental fait aux majors, assorti de mesures liberticides.

Parlons-en de ces majors, qui au lieu d'accepter la mutation numérique et de développer des solutions adaptées, d'innover en phase avec la nouvelle économie numérique, préfèrent s'accrocher à un passé facile en usant de leur pouvoir démesuré. Quid de ces intermédiaires voraces, qui vampirisent une grande part des revenus des auteurs ? Ces mastodontes anachroniques, dans l'incapacité de s'adapter, n'ont plus leur place dans une société en réseau, dont les capacités d'auto organisation sont décuplées.

Le piratage est certes une problème de société, mais c'est un phénomène tellement massif qu'il ne peut être que le symbole d'une mutation majeure. Cette mutation doit être accompagnée, soutenue, des solutions doivent être inventées pour que personne ne soit lésé... mais il faut arrêter de raisonner et construire en utilisant comme références la société des années 90 !

Le monde a changé, serons-nous capables de nous y adapter ? Le gouvernement actuel ne l'est en tout cas absolument pas, et nous en fait la preuve chaque jour.

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Par Guillaume

22 avril 2009

Mobilisation contre Hadopi !

Avant toute chose, j'aimerais reprendre la liste de mon dernier billet qui commençait par :

  • Séquestrations
  • Manifestations avec affrontements (Strasbourg, Compiègne)
  • Blocus des ports

Et la compléter un peu :

  • Universités
  • Hôpitaux
  • Hadopi

Ca commence à faire beaucoup de sujets sensibles, qui touchent beaucoup de classes sociales et de corps de métiers différents. Si le gouvernement continue sur sa ligne de conduite, de front sur tous ces sujets, il va réussir à unir un peuple entier contre lui. Beau travail !

Cela dit, ce n'est pas de ça dont je voulais parler, mais de la manifestation qui se prépare pour samedi. Objectif : empêcher le gouvernement de faire passer la loi HADOPI, qui serait un pas de plus vers une société à la 1984.

Ne croyons pas que nous sommes en position de faiblesse, nous avons l'Europe avec nous !

Quelques mots très subjectifs sur HADOPI : loi écrite par des personnes incompétentes sur le sujet sous l'influence de grandes majors, elle attaque le problème du téléchargement illégal sous un angle répressif et rétrograde. Je ne suis absolument pas favorable à l'idée d'un téléchargement libre et gratuit absolu, mais la manière d'aborder la question de Mme Albanel & Cie est complètement en incohérence avec les réalités de l'Internet et les possibilités incroyables des territoires numériques.

Réveillons-nous ! Nous sommes gouvernés par des politiciens qui refusent de s'entourer de personnes compétentes sur les sujets de sociétés !

Tous à la manif samedi 25 avril, inscrivez-vous sur ce site.

Rendez-vous à partir de 13h, Place Edouard Herriot Paris 7ème (Métros Assemblée Nationale, Solférino, Invalides ou RER Musée d'Orsay).

Par Guillaume

19 avril 2009

La révolution approche !

C'est pas moi qui l'a dit, c'est Monsieur Villepin !

Si aujourd'hui on en arrive à avoir un énarque, qui ne fait pas véritablement parti des personnalités politiques qu'on pourrait qualifier de "proche du peuple", qui tienne des propos de ce type... c'est qu'effectivement, ça doit commencer à sentir le roussi.

Nous, gens simples de la vraie vie, on s'en était rendu compte que la colère montait. Ces derniers temps, les médias de masse s'en font le relais le plus efficace : manifestations, séquestrations de cadres, grèves...

Que ce soit dans le cadre de la réforme universitaire (crise de l'enseignement) ou dans le cadre des entreprises et de leurs "plans sociaux" (crise économique) le sentiment de ras-le-bol généralisé est devenu plus qu'un simple sentiment. Il a été extériorisé, et les gens se rendent compte qu'ils ne sont pas seuls.

Ce qui a commencé par de "simples" manifestations, démonstration classique d'un mécontentement prend cependant des formes de plus en plus sèches, violentes, à la hauteur du ressentiment que le peuple cherche à exprimer.

  • Séquestrations
  • Manifestations avec affrontements (Strasbourg)
  • Blocus des ports

Le peuple en colère ne manque pas d'imagination pour exprimer son mécontentement. Comme s'en est rendu compte Dominique, tous ces événements ne sont pas anodins, et ne peuvent pas être pris à la légère. Mais là où Dominique de Villepin parle de "risque révolutionnaire", j'aurais plutôt parlé de "potentiel révolutionnaire".

Une révolution, dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, serait-ce vraiment un risque ? Ou plutôt une chance ?

Par Guillaume

4 avril 2009

Albanel, ou la démonstration d'un ministère dépassé

Ô stupeur, je tombe hier sur une vidéo de notre ministre de la culture en pleine démonstration de son absence totale de maîtrise sur le dossier Hadopi. Je vous en laisse juges.

Ce qui est tout à fait épatant, c'est que son discours est basé sur des fiches qu'elle a en mains... non seulement Albanel ne comprend rien à son dossier, mais pire encore, ses conseillers sont donc tout autant paumés!

Je conçois qu'il soit important d'avoir des personnes avec une formation politique solide à la tête de l'état, mais nous sommes actuellement dans une situation ou la totale absence de technologues dans l'entourage de nos ministres nous conduit droit dans le mur. Pour pouvoir prendre des décisions, proposer des lois, comprendre des dossiers, il faut des gens compétents relativement aux domaines de ces dossiers. Quelle incroyable arrogance permet à une Albanel de croire qu'elle peut influer sur le destin de millions de ses concitoyens en faisant légiférer sur domaines auxquels elle ne pige rien ?

Un minimum de modestie et d'ouverture serait de mise au sein de notre gouvernement. Nous visons dans une société de technologie, et avoir un état qui refuse de l'admettre et de le prendre en compte, en ne consultant pas les personnes compétentes dans les domaines techniques concernés, c'est avoir un état qui prend le risque de très mauvais choix stratégiques.

A bon entendeur...

Par Guillaume

24 décembre 2008

Légitimité des droits de propriété intellectuelle


Le droit de propriété

Présentation

Nous avons tous un désir de possession, spécifiquement dans la société dans laquelle nous vivons actuellement. Nous avons besoin de savoir que des objets nous appartiennent, et d’en disposer comme nous l’entendons. Cet instinct de possession semble être naturel, et remonte sans doute à des temps immémoriaux. Posséder un bien matériel est donc une aspiration que nous pouvons considérer comme étant légitime au vu de notre histoire. Qu’en est-il alors de la propriété intellectuelle ? Celle-ci est sans doute en effet beaucoup moins récente, ne pouvant prendre son sens qu’à partir du moment où il est devenu possible de monétiser ce qui est issu de l’intellect.

Propriété matérielle

Comme nous l’avons vu, la propriété matérielle a une légitimité historique. Nous pouvons également considérer qu’elle a une légitimité physique, puisqu’à partir du moment où un objet matériel se trouve sur un territoire, il est relativement naturel de considérer que le maître de ce territoire est maître des objets physiques qui se trouvent en son sein. Par ailleurs, il est facile de concevoir qu’un objet palpable, que l’on détient, que l’on peut donner, que l’on peut vendre ou troquer ne puisse qu’appartenir à une personne. Un objet commence donc par appartenir à son créateur, qui en disposera à sa convenance. Si jamais le créateur décide de s’en séparer, non seulement l’objet ne lui appartiendra plus, mais il n’en disposera plus à sa guise. Sans doute l’objet quittera-t’il d’ailleurs son ancien territoire pour rejoindre celui du nouveau propriétaire. Ce processus est reconnu, et revêt un caractère tangible qui le rend aisé à appréhender. Nous pouvons alors nous poser la question de la pertinence de cette approche en ce qui concerne tout ce qui est issu de l’esprit.

Propriété intellectuelle

Autant nous sommes capables de créer des objets matériels, autant l’être humain a aussi la capacité de créations de l’esprit. Pour que cette création soit accessible durablement à son prochain, elle doit être liée à un support matériel que ce soit du papier, un disque ou autre. Un discours prononcé ou une chanson chantée devant un public sont également des objets issus de l’intellect, mais en l’absence de support matériel (transcription, enregistrement) leur diffusion sera plus difficile, voire impossible.

Sans support matériel

Nous pouvons donc constater que sans le concours d’un support matériel, tout ce qui est issu de l’esprit a un caractère extrêmement volatile qui le rend inadapté à tout ce que nous avons pu écrire sur les objets physiques. Sans support matériel, une personne renonce à la propriété de sa production intellectuelle au moment même où elle la partage avec une audience. Cette dernière va en effet pouvoir s’en emparer, l’assimiler, et lui faire prendre un sens et une orientation subjective qui dénatureront l’oeuvre originale. L’oeuvre originale n’aura donc existé que fugitivement et ne saurait être vendue, troquée, ou placée sur un rebord de cheminée. Son appartenance n’est que virtuelle, liée à son émetteur. En reconnaissance de cette prestation, l’audience pourra donner de l’argent, mais il n’y aura au final pas eu transmission d’une propriété. Dans ce contexte, il est donc difficile de reconnaître l’existence d’une propriété quelle qu’elle soit.

Avec support matériel

Le temps voit l’évolution des technologies, et avec celles-ci il est rapidement devenu possible de fixer sur des supports ce qui n’était par essence que spirituel. Dans un premier temps, les pensées des auteurs ont pu être retranscrites sur des livres, puis les créations de musiciens sur des disques, et ainsi de suite. L’immatérialité a finalement été associée à un support physique, et naturellement toutes ces oeuvres une fois “fixées” ont suivi le même processus que des objets matériels plus conventionnels tels que des tables, des bibelots ou des pièces de viandes. L’artiste devient finalement artisan, et peut céder sa propriété à des personnes tierces.

Le cas des brevets

Il existe cependant une situation plus complexe, qui est celle de la découverte scientifique. Le processus classique est celui d’un chercheur, qui après un certain temps va pouvoir faire une découverte. Cette découverte pourra alors avoir différentes applications, qui pourront devenir des sources de revenu. Est-il possible de décréter qu’une découverte est la propriété d’une personne, alors même que ce mot signifie bien que l’on a “trouvé” quelque chose, qui existait donc avant l’intervention du chercheur ? Cela paraît plutôt tendancieux. Ce raisonnement s’applique à l’univers pharmaceutique par exemple, mais est moins pertinent dans le cas des sciences informatiques. Dans celles-ci, il est plus difficile de parler de découverte, car l’informatique est plutôt l’art de combiner des connaissances pour en créer de nouvelles. Tacitement, il serait donc de bon goût de laisser ces nouvelles combinaisons disponibles à tous pour augmenter l’échelle des possibles. Et pourtant, ces différentes ressources sont brevetables[1] : l’attitude protectionniste a été préférée pour permettre de monétiser au maximum les découvertes.

Le droit de propriété à l’heure du numérique

Enjeux

L’industrie culturelle a introduit la propriété intellectuelle avec succès au cours du siècle dernier imitant l’industrie “technologique”. Tout ce système fonctionne donc depuis des dizaines d’années, sans qu’il n’ait été véritablement remis en question. Seulement, nous entrons aujourd’hui dans une Ère qui est basé sur deux concepts fondamentaux :

  • Une société du numérique
  • Une société en réseau


Ces deux concepts sont porteurs de nombreux changements, absolument déterminants.

Numérique

Une société numérique, c’est une société dans laquelle presque tout peut se retrouver sous format informatique, et être visualisé, écouté, observé, manipulé, modifié à l’aide d’un ordinateur. Cela signifie que tout objet peut évoluer au fur et à mesure de sa manipulation par différentes personnes, recouvrir diverses formes, et exister à un même instant sous quantité de formes différentes.

Réseau

Une société en réseau, c’est une société de communication, dans laquelle tout le monde est en contact avec n’importe qui dans le monde instantanément. N’importe quel être humain a à sa disposition les moyens pour rendre des contenus disponibles au monde entier, et ceux qui le désirent peuvent partager toutes formes d’informations à travers le réseau. Ces deux concepts rendent obsolètes nombre d’habitudes et pratiques de notre société, et c’est pourquoi nous pouvons considérer que nous sommes dans une période de mutation et d’adaptation à cet état de faits. Nous allons voir ensemble quelles en sont les répercussions sur la propriété intellectuelle.

Artistique

Nous avons vu qu’il était envisageable de transférer les principes de la propriété matérielle à la propriété intellectuelle dans le cadre d’activités culturelles ou artistiques, à l’aide de supports physiques. Seulement, dans notre société, la frontière s’efface entre physique et numérique : un disque physique va pouvoir être utilisé pour en extraire la musique qui deviendra alors un objet manipulable, modifiable, que chacun peut interpréter à sa guise. Cette situation rejoint alors presque celle d’un concert, où chaque auditeur va pouvoir recevoir la musique et l’interpréter dans son référentiel, si ce n’est que nous sommes ici en présence d’un objet certes numérique, mais partageable à l’infini. Il est alors évident que le raisonnement ne peut plus se faire comme si l’on vendait des sacs de pommes de terre. Nous sommes bien évidemment face à un artiste qui doit avoir certains droits sur sa production intellectuelle, et qui doit pouvoir en tirer un certain bénéfice financier, mais le fonctionnement actuel n’est pas satisfaisant. Utiliser des DRM[2], ou légiférer tel que le fait l’État français en ce moment, c’est aller contre la mutation d’une société entière. Au contraire, les Majors comme les états doivent accompagner cette mutation pour qu’elle se déroule dans les meilleures conditions, et assurer que consommateurs comme créateurs culturels ne soient pas lésés.

Technologique

Dans le cadre du monde technologique, la problématique est légèrement différente. La plupart des personnes qui cherchent à protéger leurs droits vont utiliser le brevet. La question du brevet est assez délicate, puisqu’il est aisé pour certaines industries d’en défendre la légitimité. Pour reprendre l’exemple de l’industrie pharmaceutique, des fonds très importants sont soulevés pour faire de la recherche, et aboutir à des découvertes qui seront commercialisables. Dans ces conditions, on pourrait penser qu’il est normal que cette découverte soit protégée pour que l’entreprise puisse rentabiliser son investissement. Seulement, cette utilisation est finalement une dérive : le brevet devait à l’origine donner envie d’innover, provoquer l’innovation, en protégeant les personnes à l’origine de ces innovations. Finalement, cet outil protectionniste est devenu une manière d’isoler les entreprises économiquement : un outil de blocage. Pire encore, il a été déterminé qu’il était impossible de trouver une corrélation entre les brevets et la quantité d’innovation. En quelque sorte, le brevet serait inefficace[3]. A l’heure d’une société du numérique en réseau, il est sans doute encore de temps de reconsidérer ces pratiques, pour les orienter vers l’utilisation du formidable potentiel de notre société moderne. Au lieu de protéger jalousement toute découverte, il pourrait être fort intéressant de partager un grand nombre de connaissances, de les faire circuler pour permettre à tous de les réutiliser, mais surtout de s’appuyer sur elles pour aller encore plus loin. Si tout le monde joue le jeu, tout le monde peut en sortir gagnant... mais ces pistes ne sont certainement pas en phase avec le fonctionnement actuel des multinationales.

Changer

Enjeux

Comme nous l’avons vu ensemble, nous sommes en train de vivre une période charnière. Alors que notre modèle économique est un modèle global, utilisé par des de gigantesques multinationales avec une énorme inertie, un grand décalage est en train de se créer entre ces mastodontes et la réactivité d’une société qui a commencé à pénétrer une nouvelle Ère, celle du numérique en réseau. Cette société est souple, énergique, et peut réagir en masse à n’importe quelle situation très rapidement car elle est très connectée. Peu à peu, un transfert de pouvoir est en train de se faire depuis l’industrie vers cette société. L’ancien modèle est inadapté à cette société en évolution, et si les Etats et industries ne réagissent pas rapidement, la société trouvera elle même ses voies et solutions. De nombreuses initiatives spontanées ont déjà vu le jour, desquelles il serait possible de s’inspirer.

Nouveaux modèles

Logiciel

En terme de propriété intellectuelle, l’innovation est venue de l’informatique. Cet univers a été le premier à décréter qu’une production pouvait être libre, utilisable par tous, mais avec un aspect fondamental : la paternité[4]. Celle-ci doit toujours apparaître et être reconnue. L’auteur peut ensuite faire preuve de subtilités, et utiliser des licences adaptées selon la liberté qu’il veut laisser aux utilisateurs. Cette approche innovante a donné lieu à la création de technologies utilisées partout dans le monde[5], mais surtout, et c’est essentiel, à une véritable activité économique ! Que ce soit en développement, en formation, en conseil, en installation, cette approche est parfaitement viable économiquement et cela a maintenant été démontré à grande échelle par la pratique.

Artistique & créatif

Ce modèle issu de l’informatique est maintenant également appliqué à tous types de contenus : images, sons, vidéos, textes grâce aux Creative Commons. Ces derniers sont maintenant largement utilisés sur des sites de partage, et permettent de diffuser un contenu en s’assurant un contrôle sur son utilisation et la paternité. Par ailleurs, des initiatives ont éclos pour proposer de manière plus accessible, souple, personnalisée des contenus musicaux et vidéo sous licences[6], ou bien pour seulement les consulter sans les télécharger[7]. Des groupements se sont constitués pour financer des artistes loin des pratiques des Majors, sur des sites communautaires[8].

Industriel

Dans le monde industriel, les initiatives allant dans ce sens sont encore rares. Dans le monde culturel, quelques plate-formes de téléchargement sans DRM comme le Itunes Store sont apparues, mais elles ont de grandes difficultés à traiter avec les Majors. Dans le monde technologique, nous avons vu apparaître en quelques lieux une économie en cluster, dans laquelle différentes entreprises collaborent, communiquent et échangent : nous pouvons par exemple l’observer dans la Sillicon Valley. Cette forme d’économie reste cependant encore une exception, peu répandue.

Conclusions

La question de la propriété intellectuelle est absolument déterminante, et doit provoquer un mouvement qui associe aussi bien les citoyens que l’Etat et les industriels. Des propositions prometteuses ont été engagées et testées, il est temps de les adapter à l’échelle industrielle ! L’important est de considérer que la propriété au sens restrictif du terme n’est pas toujours la solution la plus pérenne. Autant le désir de voir sa paternité reconnue est légitime est doit être respecté, autant la soif de propriété (intellectuelle) est un frein au partage, à l’évolution et finalement à l’innovation.

Notes

[1] Le brevet logiciel n’existe pas en Europe

[2] Digital Rights Management

[3] Encore plus négative, une étude démontre “l’existence d’une corrélation entre l’extension du brevet dans le domaine du logiciel et la baisse de l’innovation dans ce même secteur”. Vous pourrez la lire à l’adresse suivante : http://www.cgm.org/rapports/brevet.pdf

[4] Licence Berkeley Software Distribution

[5] Les plus connues étant sans doute Linux, Open Office, Firefox

[6] Nous penserons par exemple au succès de l’Itune Store après l’abandon des DRM

[7] http://www.deezer.com par exemple

[8] http://www.mymajorcompany.com/, http://www.spidart.com/

Par Guillaume

14 novembre 2008

Le syndrome du poisson rouge

C'est amusant comme l'humanité possède une mémoire ridiculement courte. Je ne parle pas individuellement bien sûr, mais à l'échelle de tous. En l'espace de 48h, je suis tombé sur deux documents qui vont littéralement dans ce sens, et nous autorise de ce fait au plus grand pessimisme sur notre avenir. Car non content d'oublier, nous nous enfonçons perpétuellement dans les mêmes erreurs.

Une émission de télévision

Une présentatrice est heureuse de l'annonce de la réunion du G20, sent de grands changements en vue, un nouveau modèle économique sera adopté ! Clairement, nous avons tous envie d'y croire, nous sommes beaucoup à en rêver. Las ! Un des intervenants lui cloue le bec, faisant référence aux dernières grandes crises économiques et à l'absence totale de mesures prises en conséquence. La non évolution, voilà où nous en sommes finalement, à stagner.

Une archive de télévision

Je vous laisse d'abord découvrir ce document.

C'est amusant de découvrir un tel avertissement, datant d'il y a a des dizaines d'années ! C'est vraiment symptomatique d'une humanité sourde et aveugle, incapable de se projeter dans l'avenir. Tout se joue au jour le jour, sans réflexion.... jusqu'à ce que tout craque. Et ce jour là, on dira que ce n'était pas prévisible.

Un avenir incertain

Je lisais récemment un article sur un glaciologue français, Claude Lorius, qui recevait un prix pour son travail. Il était notamment cité en ces termes :

Avant, j'étais alarmé, mais j'étais optimiste, actif, positiviste. Je pensais que les économistes, les politiques, les citoyens pouvaient changer les choses. J'étais confiant dans notre capacité à trouver une solution. Aujourd'hui, je ne le suis plus...sauf à espérer un sursaut inattendu de l'homme.

Aujourd'hui nous sommes au courant de beaucoup de choses : réchauffement climatique (qu'il soit ou non causé par l'Homme), épuisement du pétrole, épuisement des ressources alimentaires. Nous consommons déjà 20% de plus que nous pouvons produire. Si nous, citoyens, le savons. Alors les pouvoirs publics le savent aussi, et certainement avec un florilèges de détails... alors pourquoi ne se passe-t'il rien ? Pourquoi rien n'est annoncé ? Pourquoi ne sommes-nous pas capable de nous sauver de nous-même ?

Nous pratiquons la politique de l'autruche avec une absence de discernement déconcertant ! Bien sûr que nous pouvons continuer sans rien changer. Ca marchera. Dix ans. Peut être vingt. Puis la question de mourir de vieillesse ne sera plus d'actualité pour grand monde.

Par Guillaume

2 août 2008

Une attention du MoDem

Une attention

Suite à mon article sur le décès de Planète MoDem, j'ai reçu un mail de Gilles Artigues, se souciant de mon expérience et tentant de me convaincre de revenir activement au sein du MoDem. J'ai été touché par cette attention, malheureusement un peu tardive, et vous fais publiquement part de la réponse que je lui ai envoyé.

Ma réponse

Bonjour,

je suis touché par votre message qui démontre qu'il existe encore une certaine attention du parti envers ses militants. Je tiens cependant à vous corriger, je ne parlais pas du décès du MoDem dans mon article, mais de celui de "Planète MoDem" qui était un site internet que j'avais cofondé, dédié au parti et à ses militants. Le MoDem n'est pas mort selon moi, bien au contraire il vivra. Il ne vivra cependant pas comment je l'avais pendant un temps espéré, mais peut-être, et je l'espère, me trompé-je.

Votre démarche de rester aux côtés de Bayrou est louable, et je ne peux que la féliciter. Mais pour ma part, je suis encore trop jeune et idéaliste pour faire de la politique de terrain, surtout au sein d'un parti âgé, dans lequel certaines personnes s'accrochent à des parcelles de pouvoir sans en user dans le bon sens. J'ai été, au delà du MoDem, déçu par la nature humaine dans cette aventure, cette nature qui fait passer les intérêts personnels avant les idées, cette nature qui fait mépriser celui qui semble être en bas d'une échelle hiérarchique.

Mon erreur a résidé dans ma profonde motivation, mon désir de faire le maximum à hauteur de mes connaissances et possibilités, mais le réveil a été brutal. Il n'est pas possible de s'investir de la sorte : trop d'obstacles, trop d'inerties. Je n'ai semble-t'il pas su rester à la place qui était la mienne, celle d'un simple exécutant colleur d'affiches et distributeur de tracts.

Cette expérience a été douloureuse, et vous comprendrez que je préfère mettre toute mon énergie dans des projets plus constructifs, et qui aboutiront. Je me retire donc pour un temps de la politique "active", et devient simple observateur et commentateur.

Peut-être (sans doute ?) plus tard y reviendrai-je, mais j'ai d'abord besoin d'une véritable pause.

En vous remerciant de l'attention que vous m'avez accordé, en vous souhaitant le meilleur dans vos entreprises,

Guillaume

Par Guillaume

30 juillet 2008

C'est rare, profitons !

C'est suffisamment rare pour être souligné, mais on parle de Bayrou et du MoDem dans un grand quotidien national ! L'article se trouve à cette adresse.

Il semble que le marasme dans lequel se trouve la France pousse enfin quelques journaleux à se poser des questions, et à aller jeter un oeil sur ce qui sort un peu de l'ordinaire. Ce qui est amusant, c'est que le Mouvement Démocrate qui avait été annoncé comme mort-né par les journalistes, va finir par être porté aux nues par les même personnes.

L'inconstance journalistique, qui se laisse porter par les courants sans jamais trouver de point d'accroche...

Par Guillaume

29 juillet 2008

Le Décès de Planète MoDem

Je tiens aujourd'hui à annoncer officiellement le décès de Planète MoDem. Cet acte réfléchi, en accord avec Cédric (cofondateur du site) est symptomatique de mon expérience au sein du MoDem. Je profite donc de cet acte symbolique pour revenir sur mon expérience au sein du Mouvement Démocrate.

Motivation

J'étais à l'origine plein de motivation, enthousiasmé par un projet qui me semblait novateur, et sortir du carcan de la politique traditionnelle qui a embourbé la France dans une situation des plus difficiles. J'en veux pour preuve les résultats d'une enquête Insee parue aujourd'hui, selon laquelle le moral des français n'a jamais été aussi bas depuis 1987 ! Quoiqu'il en soit, extrêmement motivé, j'ai décidé pour la première fois d'apporter un véritable soutien à un mouvement politique.

Du concret

Mon soutien ne pouvait selon moi se contenter d'être sous forme d'articles de blog. J'ai donc lancé une série d'actions, parfois seul, parfois en compagnie d'autres personnes, pour soutenir le Mouvement. En voici une petite liste, histoire que l'on comprenne la nature de l'engagement :

  • Soutien d'une candidate aux élections législatives (discussions, articles, affiches)
  • Soutien d'un candidat aux élections cantonnales (discussions, articles, affiches)
  • Travail de deux mois d'été sur un portail Internet dédié au MoDem
  • Travail d'un mois sur un site "café démocrate", en parallèle de discussions avec d'éminents membres du MoDem sur la façon d'offrir une meilleure présence sur le web au parti, une meilleure mutualisation, etc...

Je pense que l'on peut considérer qu'il ne s'agit pas d'un engagement anodin, sachant que tout cela s'est fait sur une période d'environ huit mois.

Désillusion

On pourrait croire que ce genre d'engagement serait encouragé, plébiscité, soutenu... que nenni. J'ai eu le droit à une belle démonstration de la nature humaine. Sur ces quatre points forts de mon engagement, seul un s'est correctement passé (élections cantonnales). Dans tous les autres j'ai dû faire face à de splendides désillusions.

  • La candidate aux législatives, avec un splendide discours sur l'indépendance durant sa campagne, retourne finalement sa veste en faveur du candidat UMP.
  • Le portail Planète MoDem me vaut un coup de fil de l'UDF inquiet de perdre le contrôle de son image. C'est ensuite des membres d'un autre site MoDem qui font obstacles, voyant en ce portail un concurrent au lieu d'un allié !
  • Le travail sur le café démocrate, les discussions, n'ont finalement que donné l'impression du mépris des "grands" par rapport aux larbins. Plusieurs allers-retours sur Paris pour rien. Un site conçu pour rien. Des heures de réflexion pour rien.

Tout n'est pas la faute du MoDem en lui même dans ces tristes aventures, mais bien aussi d'une sale et décevante mentalité de personnes qui s'accrochent à des miettes de pouvoir. Le rôle d'un Mouvement sain devrait être de détecter ce type de militants, et de leur retirer leur fonction.

Conclusions

Ce Mouvement Démocrate qui me faisait tant envie m'a finalement fait une démonstration de ce qu'il est vraiment : une vieille structure pyramidale UDF, implanté depuis trop longtemps, vétuste, inadaptée. Ce que Bayrou a fait, c'est mettre un écusson ferrari flambant neuf sur la calandre d'une deux chevaux, et passer un coup d'éponge sur le capot.
Cela ne me convient pas.
Ce n'est pas suffisant.
Il faut faire mieux.

Mon activisme au sein de ce parti est donc terminé. Je continuerai à suivre son actualité bien sûr, mais je ne me considère plus comme étant un de ses membres. Je suis en recherche d'un Mouvement véritablement différent, capable d'insuffler un souffle nouveau aux principes démocratiques fatigués.

Par Guillaume

23 juillet 2008

La fin programmée de la démocratie

Je vous propose ici un article de Cédric, qui a souhaité s'exprimer sur mon site. Bonne lecture !

La démocratie existe-t-elle encore ? N’est-elle pas vouée à disparaître ? Qui tire les ficelles du pouvoir, bien au-dessus des chefs d’Etat que l’on nous montre en façade ? Peut-on parler d’un complot international ? Faut-il faire une nouvelle Révolution ?

Autant de questions qui à première vue peuvent paraître déconcertantes mais qui pourtant ne sont pas à ignorer à une époque où s’instaure sous nos yeux, petit à petit, presque sadiquement, un nouvel ordre mondial dont la tournure peut soulever bien des interrogations.

Dans son site, que je vous invite très fortement à visiter, Sylvain Timsit dresse un portrait criant de vérité de la situation mondiale actuelle, où politique, économie, armées et justice se mêlent dans un nouvel ordre mondial. L’une des nombreuses citations proposées sur le site, de quoi méditer :

L'ennemi numéro 1 de tout État est l'homme qui est capable de penser par lui-même sans considération de la pensée unique. Presque inévitablement il parviendra alors à la conclusion que l'État sous lequel il vit est malhonnête, insensé et insupportable, ainsi, si cet homme est idéaliste il voudra le changer. S'il ne l'est pas, il témoignera suffisamment de sa découverte pour générer la révolte des idéalistes contre l'État

Henry Louis Mencken
Journaliste, écrivain et libre penseur, l'un des écrivains américains les plus influents du 20e siècle (1880-1956)

Il y propose également une vision possible de l’avenir, sur lequel tout lecteur peut, à juste titre, émettre des doutes, voire une forte perplexité, mais qui a néanmoins le mérite de se démarquer de la pensée unique, de retour à la mode ces temps-ci, pour nous alerter sur des changements qui nous concernent tous.

Présenté comme paranoïaque par beaucoup, Sylvain Timsit a néanmoins le mérite de nous interpeller sur un constat inédit et surprenant. Surprenant ? Pas tant que ça.

Car en sortant de l’incrédulité populaire, on peut constater chaque jour de la véracité de certains éléments de ce constat. Les effets positifs de la globalisation ont un prix. La question est de savoir si nous sommes prêts à le payer, en n’oubliant pas une chose : nous, occidentaux, ne sommes pas les plus à plaindre.

Par Guillaume

21 juin 2008

Les constructeurs, les consommateurs, la passion


Je souhaite réagir à un article de Thierry Crouzet, assez vif, qui réagit à des critiques qu'il a pu subir en commentaire. J'ai déjà posté une réaction sur son blog, mais j'ai envie de développer sur un sujet qui m'a maintes fois mis en rogne.

Les Constructeurs

Qu'est-ce qu'un constructeur ? Un constructeur est selon moi une personne engagée, ou qui a été engagée. Une personne, qui au moins durant une période de sa vie a été animée d'une certaine passion, quelle qu'elle soit. Il ne s'agit pas forcément ici de politique, mais de toutes sortes d'activités :

  • S'engager associativement
  • Procéder, sur son temps libre, à l'élaboration d'un objet concret, qui sera plus tard accessible à tous : logiciel, mécanique, ...
  • Construire et défendre des idées, en débattre
  • (...)

Nous parlons donc d'êtres humains qui ont pris le parti de ne pas se contenter de fournir un travail uniquement nécessaire (scolarité, travail, gagner de quoi vivre), mais qui ont pris le parti de créer, construire au delà des devoirs basiques. Ces personnes y prennent forcément une part de plaisir égoïste, mais apportent d'une manière ou d'une autre une petite pierre à la construction de notre société, aux liens qui la cimentent, et parfois même à son évolution.

Les Consommateurs

Un consommateur, lui, n'est pas par nature disposé à faire des efforts qui ne sont pas véritablement nécessaires. Ce sont des efforts jugés superflus, parfois stupides, parfois juste incompris. Il s'agit donc d'une personne qui répondra aux devoirs de la vie, mais qui préférera le reste du temps s'amuser, s'occuper de sa famille, et pour certains se cultiver. C'est un choix, ou peut-être plus précisément une inclinaison qu'ont certains, et qui n'est pas en soit jugeable positivement ou négativement.

Le clash

Dans notre société, jusqu'à une certaine période, ces deux populations n'étaient pas forcément très mêlées, ou se retrouvaient rarement dans des situations d'échange (si ce n'est, bien sûr, dans le cas du merveilleux métier de critique. Cela dit, le critique a le mérite de concevoir un document littéraire, ce qui est un effort de construction en soit). Les cas d'échanges entre les deux partis existaient cependant déjà, avec des perles du genre :

  • "C'est con ce que tu viens de dire", en réponse à une idée construite, sans plus d'argumentation...
  • "C'est de la merde ce que t'as fait", sans autre forme de respect ni de nuance face à un objet ayant demandé du travail et du temps...

Puis est arrivé Internet. Un fragment de population s'est alors mis à oeuvrer sur le réseau des réseaux, créant, documentant, proposant, partageant. Ces personnes ont créé des liens entre-eux, s'efforçant de donner un peu d'elle-même, sans doute à chaque fois à la recherche d'une certaine reconnaissance, d'un certain plaisir égoïste, force est de le reconnaître.

C'est alors que les consommateurs sont arrivé en masse sur la toile, provoquant le plus formidable clash entre ces deux communautés de tous temps. L'arrivée des outils participatifs permet en effet à tout un chacun de commenter, critiquer, vomir sur le travail ou les écrits de n'importe qui. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'internaute ne s'en prive pas. Sous couvert d'anonymat, on a souvent le droit aux critiques les moins nuancées, construites, argumentées imaginables. C'est parfois usant, parfois décourageant, mais surtout injuste.

Savoir critiquer

Un constructeur, généralement, aime la critique nuancée qui va se transformer en échange constructif. Lorsqu'il n'est pas d'accord, il va la plupart du temps avoir la délicatesse d'avoir un propos construit et ouvert, pour que chacun puisse tirer quelque chose de la discussion et en ressortir gagnant.

Le consommateur, lui n'a du fait de son statut pas forcément conscience de ce que coûte la construction, et ne se rend pas forcément compte d'à quel point une critique sèche, singlante et sans nuance peut être blessante, surtout lorsque la passion entre en ligne de compte. Cette attitude ne pousse qu'au découragement, et à la perte d'éléments constructeurs, qui sont pourtant contributifs à notre société.

Ne pas stigmatiser

Il ne s'agit pas ici de stigmatiser les consommateurs, mais plutôt à essayer de leur faire prendre conscience de la nécessité de respecter la construction entreprise par leur prochain. Ils peuvent d'ailleurs contribuer aisément à cette construction, en apprenant à critiquer de manière constructive et nuancée.

Il est bien trop facile de décréter qu'une idée est nulle sans justification. C'est d'autant plus blessant quand cette idée est issue d'une reflexion personnelle longue et construite. Il est pas contre intéressant d'avoir une démarche du type "je ne suis pas d'accord, car ...". Cet engagement à la discussion créera un échange, qui se soldera par une évolution des deux côtés de la communication, et qui ne peut être que profitable à tous.

J'encourage donc tout le monde à se mettre à la place des contributeurs (et finalement qui n'a jamais vraiment été contributeur, constructeur ?) afin de respecter leur travail, et de toujours engager des discussions constructives.

Sans doute suis-je un peu rêveur, mais qui sait...

Par Guillaume

2 juin 2008

100ème billet : la marchandisation du monde


100ème billet

C'est la fête, puisque j'écris aujourd'hui mon centième billet. Je n'en ai absolument pas le temps, pris en pleine période de projets de toutes sortes, privés de temps à moi, mais j'ai double excuse :

  • Une pause
  • Une surprise

La pause, c'est bon à prendre, et ça fait plaisir. La surprise, c'est quoi ? C'est tout simplement l'arrivée dans mon flux RSS de lemonde.fr de la publicité... car oui, aujourd'hui, pour la première fois, mon lecteur de flux me projette de la pub à la figure. Le plus classe, c'est qu'il arrive d'une manière que je qualifierais éthiquement des plus douteuses, jugez-en par vous même :



pub_lemonde.fr2.png

Attentats, carte bleue, voilà un mélange des plus agréables.

La publicité sur le site, je comprends. Dans les flux RSS, moins, surtout qu'il s'agit de flux incomplets, nécessitant d'aller sur le site pour avoir un article en entier !

Mais en plus de cela, utiliser des algos débordants de stupidités, qui mixent n'importe quel type d'actualité avec n'importe quel type de publicité, on tend vraiment vers une généralisation du n'importe quoi, on oublie toute once d'humanité et de respect pour atteindre le profit maximum.

Jusqu'où irons nous ?

Par Guillaume

17 avril 2008

Le grand blanc

Non. Non, il ne s'agit pas du fameux requin, ce doux et tendre animal au faciès ingrat. Il s'agirait plutôt de ma longue période d'absence sur ce blog, mon silence prolongé. Alors pourquoi ? Pourquoi, alors qu'il se passe énormément d'événements en ce moment :

  • Les gens meurent de faim dans le monde, et commencent à se révolter tandis que les stocks mondiaux de nourriture diminuent jusqu'à atteindre un niveau critique.
  • Les lycéens se battent pour une école digne, et des conditions d'apprentissage raisonnablement acceptables.
  • Les prix flambent si vite qu'on se croirait dans un film de science-fiction.
  • Les Etats-Unis rentrent en récession, faisant trembler l'économie mondiale.

La situation semble pré-apocalyptique. Elle ne concerne pas que la France, mais le monde entier. Je ressens personnellement un fort sentiment d'impuissance face à l'absence totale de positionnement et de mouvement de nos politiques, et plus largement de tous les chefs d'Etat. Je pense que mon sentiment est partagé par beaucoup de mes concitoyens.

Et pourtant... nous sommes multiples, nous sommes la masse, nous sommes le peuple. Ils n'en sont que des représentants, individualités coupées du monde, qui ont perdu de vue la réalité.

Pour s'en rendre compte, il suffit d'observer la situation absolument ridicule de cette flamme olympique qui traverse la planète, censée véhiculer des valeurs qui ne sont pas celles du pays qui accueillera les jeux. Il suffit de voir avec quelle intense hypocrisie nos représentants traitent cet événement, n'osant défendre notre patrimoine humaniste face à une toute puissance économique.

Notre pays se renie, n'est plus maître de lui-même. Le tableau est sombre, et pas seulement à l'échelle nationale. Nous entrons dans une période de transition, durant laquelle tout va être possible. Nous allons soit voir les tendances sombres continuer à noircir, jusqu'à atteindre un point de non-retour. Soit nous essayons de prendre les événements en main, de rationaliser, de repenser et enfin de proposer un modèle de vie qui soit compatible avec une vision à long terme, et qui nous permettent de vivre tous ensemble de manière harmonieuse.

Bien évidemment, tout cela semble être une vision naïve, un brin simplificatrice et coupé de la réalité. Evidemment. Pourtant, pour qu'une vision devienne réaliste, pour qu'une volonté semble être vivante, il suffit qu'elles deviennent celles du plus grand nombre. Nous ne sommes pas un peuple qui a une réputation de passivité, mais avons-nous changé ? Sommes nous entré en léthargie, endormis par une société en mutation, ensommeillés par la crainte de tout perdre ? Face à cette situation critique saurons-nous relever le défi ? Qui, aujourd'hui en France serait prêt à le relever ?

Je soulève des questions, j'apporte peu ou pas de réponse. J'ai juste le sentiment que nous sommes à un carrefour, et qu'il est temps que tous ensemble nous appuyions de toutes nos forces pour emprunter la bonne direction, celle que nous souhaitons.


Je posais en début de billet une question, et à celle-ci je vais y répondre. J'écris peu en ce moment parce que je suis très occupé : mes études, des responsabilités, des projets lourds me prennent beaucoup de temps. Il m'en reste peu pour écrire, et mon rythme de publication s'en ressent fortement. Pourtant, je vais laisser ce blog ouvert, pour conserver un exutoire. Car j'ai par contre du temps, beaucoup de temps pour me sentir révolté, une révolte qui enfle. L'écriture est un moyen de faire descendre cette pression, de l'apaiser. C'est aussi un excellent moyen de prendre du recul, de réfléchir, de commencer à esquisser des solutions. Alors aux quelques uns qui me lisent régulièrement : toutes mes excuses, j'essaierai de tenir le meilleur rythme possible. Aux autres : continuez à passer de temps à autre, on ne sait jamais, peut être qu'un jour une idée lumineuse jaillira sur ce site ;)

Par Guillaume

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